02/05/2006

S'EMPIFFRER à SAINT GERMAIN des PRES

ST Germain des prés et des nappes ( Suite 2 )

S'empiffrer à Saint Germain des Prés

 

( Suite ) par ma faute d’un assortiment de gâteaux comme tu n’en as jamais mangé. Je vais t’épargner le couplet « Qualité/Prix », c’est toi qui vois ( 4/7 Euros pièce quand même. Ce ne sont pas des « Petits écoliers » non plus ) Ajoutons que certains gâteaux sont plutôt confortables et que le jeu consiste ensuite à les partager sans (trop) les ruiner avant usage ( ils sont fragiles ) pour goûter à tout.

Bon. T’as rempli ton caddie et te voilà à l’heure de la croque. Va te falloir tenir compte d’un paramètre régional : il y a plus de monde dans le secteur que sur le versant Est des Grandes Jorasses. Tu peux attendre ?

Non ? T’as trop faim ?

Bon. On va se démerder.

Tu traces et ne veux pas te ruiner, va au « Café du métro » dit un proverbe hottentot.

Je t’ai raconté le « Rond point » ? Même motif, même punition. 300 mètres à vol de scooter. C’est bof, oubliable, propre et sympa. Personnel à la défonce mais jovial : Des salades 400 calories montre en main, des Hot-dogs plus masculins, le plat du jour qui en vaut un autre, bondé, archi-bondé, pro, sympa. J’aime déjeuner dans ces rades sans problèmes. Note que t’en as 200 autres qui font l’affaire autour. Bon, moi, c’est celui-là.

            J’ai pas organisé le safari pour me taper des Kebabs kif qu’à Ponto Combo ! Un sandwich plus coquin, alors ? Une vieille adresse. C’est Cosi (Fan Tutti) qu’il te faut ( Le taulier est fondu de Mozart. C’était un  musicien, mais il est mort ) C’est minuscule avec un étage gentiment lugubre, mais ils font ( oui, ils FONT ) un pain à mourir dans lequel il enfourne des bonnes choses à leur idée ou à ton choix, dans le même esprit que Linas, si tu veux, mais bidouillé « Maison », plus bricolo en un mot. Quand je suis avec un pote on y va « En garçon » pour un casse-dalle de voyou et je nous ai vu quelquefois déchirer DEUX sandwichs, trop bon, mais c’est la limite avant la gerbe.

            Un rital fréquentable maintenant.

            Une enclume perdue dans la nuit des temps. « Chez Bartolo » qui se prétend encore vaguement « Pizza napolitaine » mais est devenu au fil du parmigianno autre chose. C’est un des rares endroits de Paris qui ressemble ( un peu ) non pas au « trattoria » archi galvaudées, lâche-moi avec ça, mais à ces restos italiens modestes, sans décor, ou des serveuses en tablier t’alignent des assiettes de pasta bon enfant au gré des appétits immémoriaux des familles. Nuance. C’est aussi attendrissant ici que là-bas, et les très anciens et souvent friqués habitués du quartier s’attablent ici sans chichi, entre gens polis. Le personnel, mais peut-on encore parler de « personnel » est jovial, actif mais pas débordé, très gentil, et tu sais que ça compte pour moi. La bouffe te donne l’impression d’avoir une grand-mère italienne, qu’est-ce que tu veux que je te bonisse de plus ? c’est très bon, quelquefois inégal mais du genre qui ne t’incite pas à la rancune. Des pâtes, bien sûr, des pizzas, quand même, quelques plats de viande et de poisson  qui ne se sentent pas obligés de te jouer « Retour du sud » à guichet fermé mais la cuisine reposante, sans baratin. C’est cool. Les prix hélas, en ont pris un coup dans les gressins depuis Berlusconi. 15 euros un plat ( nourrissant ) et si tu t’écartes, t’as vite fait de te retrouver à 60/80 à deux pour une graine de midi. Je sais, c’est un peu trop, mais que veux-tu, le plaisir à un prix, me disait encore récemment Shigula en rangeant ses instruments.

            Un rital pas fréquentable

            Le café Armani dans la boutique du même nom. C’est bien meilleur que l’on est censé s’y attendre. En conséquence, les portions bien plus petites qu’on aurait pu l’espérer. Le décor n’est pas naze. Disons que nous sommes chez Gorgio, le fils, mais alors,  pas du tout maudit de la mama. T’as dû entendre causé du zèbre jusqu’en Hittitie. La clientèle chicosse de petites gueules farinées comme j’aime pas, je te dis que ça. C’est « famous », very faymousse et chiant, very chiant, heu, là ...

            A côté « Lipp »

Là, si t’en as pas entendu parlé, c’est que t’es une carcasse de bœuf et que t’as pas été décongelé. Mon chonchon A-dore ! Elle est craque des brasseries. C’est son côté petzouille, d’ailleurs, elle a pas d’autres côtés. C’est pour ça que je l’aime. A la mode ? Plus à la mode ? Dire que Lipp s’en branle... Tout ce qui est existe est passé par Lipp. Les politiques, les stars, les vrais et fausses gloires, même toi ! … Tu t’en fous ? Pas moi. Au grand Canyon, tu payes pour regarder le canyon. Chez Lipp, tu payes pour regarder l’ambiance plutôt que les clients ( Ca, se serait démodé ) Naguère l’enfer était de monter à l’étage. Maintenant que tout barre en vrille, chacun fait ce qui lui plaît, plait plaît... les brasseries sont devenues hors de prix et c’est lamentable. Ca tue l’esprit même du lieu. Ici, ce sont hélas des prix de brasserie d’aujourd’hui pour heureusement une cuisine de brasserie de toujours. Les harengs, la choucroute, l’aile ou la cuisse de poulet avec des frites un peu sèches et du vin en carafe qui ne troue pas le cul mais la nappe non plus. A midi, en déjeunant d’un plat, d’un verre de pif, d’un café et d’une oreille ( Les conversations vrombissent toujours de films, de pièces, de motions de censure, d’affaire, de vantardises, de faux bruits … Sauf si tu es assez con pour ne pas prêter tes étiquettes ), tu t’en tireras pour 50 Euros à deux avec l’impression d’avoir raté quelque chose, mais il faudra revenir. Lipp s’apprend. Un esprit léger qui appartient à qui ne le cherche pas.

            Te v’la requinqué ? En piste.

            Un jour, mais pas celui-là, crétin : fais pas TOUT en même temps. Apprend à savourer. Un jour t’iras prendre le thé ou une bière si t’es hooligan dans le grand et magnifique salon « Art déco » ou au bar « fumoir » du « Lutécia » C’est un truc archi éculé ( j’ai dit « éculé » ça  suffit, maintenant ) Les palaces ( le Lutécia joue plutôt dans la catégorie « Grand Hôtel », moins folingue ) sont des refuges, des réserves pour un peu d’or massif et beaucoup de plaqués, vrais et faux happy fiou, qui rechignent à partager l’oxyde de carbone  avec le vulgaire. Les mœurs, le décorum, les cliquetis feutrés, le personnel et les prix y impressionnent le pauvre qui rechigne à y aventurer des « Nike » qu’il soupçonne à juste titre d’une autre gomme que celle habituée à s’y user aux moquettes trop épaisses. Il a peur, le petit bonhomme,  de ne pas avoir les codes, de s’empêtrer les semelles dans la complexité des salamalecs. En réalité, il se prive par convention d’un service confondant de gentillesse et d’un décor vraiment classieux. Bien sûr, la suite « royal » et même le resto restent hors de portée des comptes épargne « Ecureuil », mais au tarif scandaleux, je te l’accorde, d’une bière à 8 euros en revanche, tu peux, l’espace d’un moment, jouer au riche pour de rire et empoisonné pendant un bail tes collègues de chantier en racontant par le menu la façon dont « Tu devineras jamais qui » boit son café comme toi et moi, parole d’homme !

Et arrête de me raconter que t’en as rien à secouer : D’accord ?

            Il est quinze heure. On plante le crétin somnolant déjà plein à ras bord. Toi, mon préféré, t’as su te préserver l’appétit jusqu’à la dalle ultime et te voilà encore creux comme une analyse du « Nouvel Obs », je t’emmène pour une fête, une vraie. Rouleur de mauvais cholestérol comme tu me devines, je ne résiste pas au plaisir de t’indiquer que je suis des (trop) gros malins qui se régalaient il y a beau temps d’Yves Candeborde dans le XIVème. Le voila donc au « Comptoir du Relais », carrefour de l’Odéon, « The big shot » de la saison dont Paris bruisse bien au-delà des boustifailleurs frénétiques.

            On a dit TOUT du meilleur de ce mec-là, et sur ta vie, c’est vrai. C’est « Trop bon » pas cher, fondant. C’est la madeleine sans supplément de Proust. Tout ce que je puis y ajouter, c’est ma combine car j’en ai une que je m’en vais te livrer. Laisse, je passerai voir ta femme quand tu seras pas là.

            Avec quasiment un « papier » dithyrambique par semaine, dire que la taule est pris d’assaut aux heures des repas est un … ? « Euphémisme » Bravo, mon Toto ! Chuuuut … Ecoute …

            Tu te pointes en furtif vers 15, voir 16 heure ( Tu t’en fous tu feras l’impasse ce soir )  pendant que les gens responsables s’occupent à des conneries. Tu n’attends pas. T’as la salle presque à toi avec en prime quelques couples légers et des baffreurs au long cours du même frigo que les racailles comme nous. Le coup de feu est passé et le personnel comme le chef se lâche un peu. Bien sûr, des fois, il manque un plat du jour ou deux. N’importe.

            Ce jour-là, par exemple, il y avait un « lièvre à la royale » dont je me suis fait servir directos une assiette de compote noire, luisante de l’odeur du bonheur. Tu vois comment ça sent, le bonheur ? Ca sentait comme ça. Ca méritait un verre d’Hermitage cuivré de terre rouge avec du pain craquant et la conversation charmante d’un couple de jeunes anglais qui, God sait pourquoi, m’avait entreprit sur je ne sais quelle entourloupe de l’Albatros argenté ou d’un autre connard de sa corpo. Tu sais comment ça fait quand tu manges et que le temps s’arrête ? Ben, ça faisait pareil. Un quarteron de journalistes plutôt dégourdis déconnait en s’empiffrant pas loin et nous échangeâmes des civilités sur la prodigieuse assiette. Comme une envie d’être aimable, d’un coup, tu crois ? Candeborde soufflait à son comptoir. Je me suis gentiment achevé avec un baba en verrine un peu casse-plaisir, cette manie de me mettre la bouffe en bocal comme un fœtus malvenu, mais bon, j’étais trop bien. Une trentaine d’Euros, le tarif d’une pizzeria de fossoyeurs de marguerites pour une petite heure de chouette.

            Ca reste entre nous. Tu jures ? JURE

            Bon.

            L’apéro se prend chez Jean François quand on est civilisé et plutôt aux tiédeurs, lorsque Paris se dérouille les courbatures accumulées pendant un si long hiver. Nous voilà à la « Palette » avec sa grande terrasse envahie sitôt qu’on a fini de se les geler. Jean François connaît son monde. Nous sommes Saint Germain côté cour. Le touriste gracieux seul à droit de citer. Les galeristes s’y rincent entre eux quand le pigeon se fait rare.  Des studieuses tapotent leur e-machin et quelques-unes ont fini par tapoter le mien du temps ou il était en service public. A force d’y siroter à la fraîche, on finit quelquefois par ramper jusqu’à l’autre bout de la rue Jacques Callot, au Mazarin ou l’on peut se colmater décemment d’une cuisine bistrot/brasserie pas déshonorante et en terrasse presque de cambrousse, s’il vous plaît.

            Au fait, pense à te munir d’une cravate que tu pourras nouer si tu vois encore assez clair avant de te tirer de la Palette. C’est bien suffisant pour te taper une coupette et un assortiment de canapés si tu croises au hasard un vernissage dans une des innombrables galeries du secteur. Une tenue qui le fait et l’air d’un client éclairé est tout ce que l’on exigera de toi pour te désaltérer à l’œil ici.

            Si la force est encore avec toi, bravo, tu tiens ton litre. Tu peux pousser en confiance jusqu’au restaurant des beaux-arts. C’est confondant d’un « naturalisme bistrotier » con à pleurer, les nappes à carreaux rouge et blanc, la peinture deux tons, les « boiseries » etc. et évidemment envahi d’une clientèle qui espère encore y voir débarquer Sagan et Chazot en rupture de Castel, mais l’entrecôte y est plus qu’honorable et le lapin « chasseur » décourage l’alerte au piège à gogo. C’est pas cher et mimi tout plein.

            Voilà ; Dans un prochain épisode (3), je te raconterai les manières de venir Dîner à Saint Germain ( The Kitchen Galerie, Ma maison, Fogon, Yugaraz, Guy Savoy ) mais pour aujourd’hui, tu t’es assez empiffré comme ça, mon cochon

 Un suppositoire et au lit.

18:45 Écrit par Ma | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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